Mauro D’Agati

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Du bleu, du rouge, du rouge, du bleu…. Frontal, le décor chromatique est planté, glacial et fiévreux. L’environnement agite ses couleurs, les hurle. Alors que les figures qui s’y promènent se démarquent par leur passivité.

Contraste frappant. Comme par un mauvais jeu du hasard, des gens s’y trouent jetés, un certain désarroi transparaît sur leur visage mais c’est involontaire. On y lit pas mal de résignation, mais sans maniérisme.  Le lieu est suffisamment éloquent.

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http://www.maurodagati.com/

Le photo-journaliste, grâce à son procédé particulier  de développement des négatifs,  a su rendre au lieu tout ce qu’il a de vivant.

Mauro D’Agati a squatté pendant 4ans dans Le Vucciria, l’un des plus vieux marchés à ciel ouvert du monde, à Palerme. Sa série Photo Vucciria Requiem est le témoignage des dernière années d’existence de ce lieu de  délabrement qui s’éteindra à la mort de ses derniers habitants.

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Musée des Arts déco


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L’exposition Sonia Rykiel, Exhibition est ouverte au Musée des Arts décoratifs depuis le 20 Novembre jusqu’au 19 Avril .

http://www.lesartsdecoratifs.fr/

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Buffalo 66

Il date de 1998. Je l’ai enfin vu hier soir. Petit extrait de Buffalo 66. Pour Christina Ricci dans le rôle de Layla, une jeune danseuse. Et pour la beauté du morceau :
Moonchild, de King Crimson.

Je remarque la beauté de l’image, film "photographique" : chaque image est qualité photo, les couleurs saturées, violemment percées par une lumière blanche immaculée, qui sied bien à la virginale blondeur de Christina Ricci.                  ( teinte en blonde, cela lui donne des allures de poupée mi-ange mi-lolita) sans compter Vincent Gallo, très convainquant dans le rôle de Billy Brown. Il vient de passer cinq ans à l’ombre pour un crime qu’il n’a pas commis. Or, ses parents n’ont jamais su qu’il était en prison : ils le croient riche et marié. Sur le chemin de la maison, Billy croise Layla et l’emmène de force chez ses parents, bien décidé à la faire passer pour sa femme. Très convainquant Vincent Gallo… tentant, même!

Autre video de Buffalo66
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Pourquoi ce que j’ai à exprimer mériterait d’être écouté ?

… Plus que les pensées, les sentiments, les sons, les mots, les images, de n’importe qui d’autre ?

C’est la question qu’un ami musicien posait l’autre jour, photographe à ses heures. Toutes ces questions sont ressorties de la conversation : Pourquoi ouvrir sa gueule, pourquoi donner à entendre et à voir ce que l’on crée, est-ce vraiment nécessaire de partager ce que l’on "crée". Là encore le mot "créer" me fait un peu tiquer. Pour moi, c’est Dieu qui crée. L’homme s’essaye à l’art, s’exprime à travers des œuvres. Mais créer… c’est la vie qui se crée, c’est en tout cas ce que je lui ai répondu. Nous, on peut la "transmettre", la vie, éventuellement, pour ceux que ça intéresserait encore.

Breton répond à toutes ces questions, il explique par exemple sa démarche d’écrivain, et ça commence d’abord par la recherche de soi :

" Par delà toutes sortes de goûts que je me connais, d’affinités que je me sens, d’attirances que je subis, d’événements qui m’arrivent, par-delà quantité de mouvements que je me vois faire, d’émotions que je suis seul à éprouver, je m’efforce, par rapport aux autres hommes, de savoir en quoi consiste, sinon à quoi tient, ma différenciation. "

Ensuite, en parlant de Huysmans (qu’il na pu connaître que par son œuvre) il dit cette chose géniale qui répond, pour moi, à nos questions :

"Quel gré ne lui sais-je pas de m’informer, sans soucis de l’effet à produire, de tout ce qui le concerne, de ce qui l’occupe, à ses heures de pire détresse, de ne pas, comme trop de poètes," chanter" absurdement cette détresse, mais de m’énumérer avec patience, dans l’ombre, les minimes raisons tout involontaires qu’il trouve encore d’être, et d’être, il ne sait trop pour qui…"

(Nadja, André Breton)

Tout ça pour dire: on est beaucoup à avoir besoin d’entendre la vérité d’un autre, aussi subjective soit-elle, cette vérité. Dans cette grande période de doute généralisé, c’est même d’une petite vérité minime et immédiatement sensible et "sensuelle" dont on aurait bien besoin, d’avantage que de grande certitudes et de vérités issues de nos bonne vieilles sciences exactes.

Joanna Kara.

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This is l’Ego-trip : Littérature et psychanalyse de Paul-Laurent Assoun.

Dostoïevski et la compagnie

Dostoïevski rêvait de tuer son père. C’est pas moi, c’est Freud qui le dit, dans Dostoïevski et la parricide. Comme en ce moment je suis plongée dans Les possédés, du mystérieux bonhomme, je m’intéresse à la question. Et dans la fabuleuse étude de P-L Assoun : Littérature et psychanalyse, j’apprends que Shakespeare lui aussi a mal à son complexe d’œdipe. L’énigme Shakespeare semble fasciner Freud, le rendre perplexe "à lui en faire perdre la tête". Avec Hamlet, on se retrouve ramené à la version modernisée de l’œdipe. L’hystérique Hamlet, c’est pas moi c’est encore lui qui le baptise ainsi, il l’appelle même : "le névrosé mondialement célèbre". c’est le personnage de la littérature qui parle le plus à la psychanalyse, puisqu’en lui résonne le sentiment de la faute œdipienne. "Comment comprendre son hésitation à venger son père par le meurtre de son oncle, lui qui n’a aucun scrupule à envoyer ses courtisans à la mort et qui n’hésite pas une seconde à tuer Laërte? … Tout s’éclaire mieux lorsqu’on songe au tourment que provoque en lui le vague souvenir d’avoir souhaité, par passion pour sa mère, perpétrer envers son père le même forfait."

Freud cherche à obtenir une explication sur la création de l’écrivain, c’est dans cette optique qu’il déchiffre l’œuvre littéraire.

l’Ego-trip

D’où sort cette capacité de l’écrivain à observer son moi, sur un plateau d’argent, à se l’offrir en spectacle ? Et à s’en repaître comme d’une bonne cuisse de dinde?

Quand l’écrivain se retrouve sur le divan de Freud, il se fait tout simplement scier en deux , et ça donne: Le Trauma de castration+ La Négation de la réalité= Le Clivage du Moi.

La personnalité de l’écrivain, ce serait d’abord une division intérieure, qui permettrait d’avoir cette distance nécessaire pour voir le moi comme un autre, et par la suite à écrire de multiples personnages. Originellement, l’écrivain aurait mal vécu le sentiment de castration. C’est Œdipe découvrant que son désir l’a mené aveuglément au meurtre de son père et à l’union avec sa mère. Pas évident à digérer le truc. Le clivage du moi se met en place comme système de défense au moment de la confrontation avec la réalité. Pour caricaturer, plutôt que cet aveuglement, l’écrivain préfère réagir par une division du regard. Autant avoir deux Moi, quatre yeux, deux devant deux derrière, pas de panique, navigation à vue. N’empêche que ce désir est là, ce manque angoissant, et c’est toute une complication de se démêler entre le déni et la reconnaissance d’une réalité inconcevable.

Retour au sentiment de culpabilité de Hamlet, et je note au passage qu’ Elektra, obsédée à l’idée de tuer sa mère, ne parlant que de ça, ne le fait pas. Elle pousse Oreste, son frère à commettre le meurtre. Elektra c’est une grande gueule mais quand il s’agit de l’action y’a plus personne. Elle oublie même de lui apporter la hache au dernier moment.

Et pour Dostoïevski , il paraîtrait que Monsieur était en proie à une "addiction pathologique du jeu", à cause d’une culpabilité inconsciente liée à une certaine "passion du père". Creuset masochiste. sa passion pour le jeu semble avoir aussi fonction de dégager l’espace pour la création littéraire. Freud remarque que ce n’est que parvenu au dénuement total, après avoir tout perdu, jusqu’au dernier centime, que Dostoïevski relançait la "machine" de l’écriture. La roulette fatale servait donc à vider le joueur de sa culpabilité, le désinhiber et libérer en lui l’écrivain. Ce qui fait tourner la machine à écrire, c’est l’essorage de la culpabilité par une activité de jeu, activité infantile auto-érotique, qui lève ensuite l’inhibition du travail.

L’inhibition du travail, bordel, j’y avais pas pensé! J’ai ma réponse toute prête la prochaine fois qu’on me taxe de paresse. Trop Merci Freud.

Joanna Kara

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Lars Tunbjörk à la Galerie VU’

tunbjork_21Dans le cadre du MOIS DE LA PHOTO , la galerie VU’ et le Centre Culturel Suédois s’associent pour proposer deux expositions autour d’un seul et même photographe, le suédois Lars Tunbjörk . L’occasion de découvrir l’œuvre constituée par l’auteur au fil des ans.

D’un abord peu engageant, une fois passée la surprise de l’alternance entre des clichés intérieur/extérieur, à se demander "Mais… c’est quoi le sujet? " Tour à tour paysage enneigé mais taché de crasse, puis portraits de la vie quotidienne à mi chemin entre l’arti et le docu.

La photo de Tunbjörk se situe dans la veine du contrepied à la photo contemporaine tradi. Le postulat est du côté de l’anti "belle image", anti-cliché qui s’offre complaisamment au passage du visiteur contemplatif…

La galerie Vu a pris le parti d’exposer des photos qui demandent une participation active de l’œil du visiteur, tout en mettant en valeur cet artiste déjà largement validé par une partie de la critique. AGENCE VU’ SITE WEB

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The Visitors au cinoche

Film écrit et réalisé par : Thomas McCarthy

L’oeil de la camera suit Walter Vale, un professeur d’économie, sur le chemin de sa vie sans saveur, sur l’autoroute de son quotidien confortablement déshumanisé.

Un jour, il retourne dans son appartement de New-York, où il vivait avec sa femme,  récemment décédée, et il découvre avec stupeur que celui-ci est habité par Tarek, Syrien, et Zainab, sénégalaise. Il accepte de continuer à les héberger temporairement, l’amitié naît par leur goût commun pour la musique. Lorsque Tarek, immigré clandestin, est arrêté par la police dans le métro, puis menacé d’expulsion, Walter n’a d’autre choix que de tout mettre en œuvre pour venir en aide à son ami…

La musique occupe une place décisive dans l’histoire: Walter, dont la défunte épouse était pianiste de concert, en profite pour se faire enseigner les rudiments du tam tam par Tarek. On assiste par la même à une lente ré-humanisation de Walter. Cela donne lieu à une fantastique scène dans laquelle le prof d’université ose prendre place parmi les autres joueurs de Djembe, timidement, et participe au grand fracas de ce rituel musical africain. Très beau moment, amené avec humour.

Justement, se prendre trop au sérieux, c’était l’éceuil à éviter, vu la gravité du sujet du film. Paris relevé, pour ce film traité sans grossierté, ne tombant pas dans le cliché de l’homme blanc dans l’erreur et ramené à l’authenticité par des êtres plus " humains", sumontant enfin ses préjugés grace à des personnages qui lui apprennent l’ouverture etc…  etc… on en est loin. Tous les personnages sont campés avec la même tendresse. L’amitié entre Walter et Tarek, discrète et émouvante de gentillesse, hisse les personnages sur un pied d’égalité. Mais la triste fable qu’est "The Visitors" ne pointe pas de coupables, de salauds. ( exception faite des gardiens de prisons, des vraies têtes à claque! ) Elle décrit une situation d’injustice, de gâchis humain, depuis la nouvelle politique d’immigration post-11septembre.

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